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L’ISC Studio à la rencontre de Pierre Bergé et Jalil Lespert

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L’ISC Studio, invités particuliers de la conférence de Pierre Bergé sur Yves Saint-Laurent

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C’est à l’occasion de la sortie du biopic retraçant la vie d’Yves Saint Laurent, que nous avons eu le privilège d’assister ce Vendredi 10 Janvier, entre les murs de l’enseigne Colette à une conférence entre Pierre Bergé et Jalil Lespert réalisateur du film.
Une biographie à peine avouée, « qui ose », selon les mots du réalisateur, à travers la fiction, mettre en scène la genèse de deux destins particuliers, appartenant maintenant à une histoire qui est déjà de l’ordre du mythe.

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Mythe grec, aux consonances contemporaines, que Laurence Benaim, auteure du livre éponyme dont le réalisateur s’est librement inspiré, et animant la discussion, s’est aventurée à rapprocher de celui d’Antigone, d’Anouilh. Car, oui, « Antigone, c’est la petite maigre qui est assise, là-bas », c’est celle qui va devoir jouer son rôle jusqu’au bout et qui s’élève contre tous les censeurs et toutes les censures. C’est à cette petite fille, très justement, que Pierre Bergé s’identifie, lui qui introduit la conférence par cette formule sulfureuse : « J’aime le désordre ». Lui, pour qui l’ordre ne peut être compris et accepté que par la nécessaire action du désordre et qui se définit en cela comme un « millionnaire anarchiste » et « sans aucun principe ». Propos excentriques ? Propos provocateurs ? Décadents peut-être ? Nous assistons ici à Pierre Bergé qui joue jusqu’au bout le rôle de Pierre Bergé. C’est donc tout naturellement que le film en lui-même est plein d’inexactitudes historiques nous dit-il, mais qu’importe ? Une interprétation fait que les choses se recoupent et se ressemblent après tout et cette interprétation, c’est la fiction qui la donne. Le travail de l’artiste est de donner à voir de belles apparences, qui recomposent la réalité. Le faux et la création prévalent sur la vérité, nous explique t’il, de la même manière qu’ Yves n’est jamais allé en Russie, en Inde ou en Afrique pour concevoir ses collections russes, indiennes et africaines. L’on peut « transgresser tout cela », « les artistes sont des voyageurs immobiles » selon ses mots. La relation homosexuelle de St Laurent et Bergé portée au grand écran par Pierre Niney et Guillaume Gallienne, est en ce sens une fiction qui raconte au fond « le sentiment que les choses étaient irrémédiablement possibles ». C’est une croyance en l’amour, à la vie et à la gloire, par delà le bien et le mal.

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Le film de Jalil Lespert nous invite en fin de compte à la narration d’une tragédie moderne, aux échos rimbaldesques mais avant tout profondément nihilistes. Un nihilisme qui prend sa source dans la mise en scène de deux personnages, symboles des différentes tendances de la volonté, en un sens nietzschéen. Le goût dionysiaque de la démesure de Saint Laurent d’une part, s’opposant au sens et à la volonté de mesure apollinienne de Bergé d’autre part. Deux instincts féconds, au cœur d’une création résolument contemporaine: la fondation révolutionnaire et avant gardiste du prêt-à-porter de luxe. Changement qui a représenté un pas crucial dans la modernisation de la mode et à marqué de manière indélébile le paysage socioculturel d’aujourd’hui.

1543545_1427901277445489_2100045537_nPar Aymen